01 · 1882, le Kodokan
Un système conçu pour rendre la progression visible.
Jigoro Kano fonde le Kodokan à Tokyo en 1882. Il transforme les savoirs reçus de plusieurs écoles de jujutsu en une méthode d’éducation physique, intellectuelle et morale : le judo.
Les anciennes écoles validaient souvent la transmission par des certificats espacés. Kano choisit des étapes plus régulières : les pratiquants sans dan progressent par les kyu, puis les grades dan commencent au premier et augmentent. Les premiers 1ers dan sont attribués dès 1883, un an après la création du Kodokan.
Le mot désigne un niveau ou un échelon. Le 1er dan marque l’entrée dans une nouvelle profondeur de pratique, pas la fin du parcours.
Sources : Kodokan — histoire du judo et IJF — histoire des grades et des ceintures.
02 · Des grades aux couleurs
D’où viennent les couleurs de ceinture au judo ?
Le système initial reste sobre : blanc et brun avant le dan, noir après. Les couleurs intermédiaires apparaissent ensuite en Europe. En 1926, Gunji Koizumi introduit au Royaume-Uni une progression blanche, jaune, verte, bleue et marron ; l’orange la complète par la suite.
En 1939, Maurice Cottereau devient le premier titulaire de la liste officielle française des ceintures noires. Le rapport de l’Académie française de judo rappelle que des Français avaient obtenu des grades à l’étranger auparavant, sans reconnaissance par les instances françaises.
- Fondation du Kodokan
Kano fonde le Kodokan à Tokyo et pose les bases du judo moderne
- Premiers 1ers dan
Kano attribue les premiers grades de shodan à Shiro Saigo et Tsunejiro Tomita.
- La ceinture rouge est attestée
Elle est attestée au Kodokan comme ceinture réservée au 10e dan.
- La ceinture rouge et blanche
Elle apparaît pour distinguer les hauts grades du Kodokan.
- Les ceintures de couleur arrivent en France
Mikinosuke Kawaishi introduit en France le système de ceintures colorées développé en Angleterre et l’intègre à sa méthode d’enseignement.
- Premier 10e dan
Yoshiaki Yamashita devient le premier judoka élevé au 10e dan par le Kodokan, sur décision de Jigoro Kano.
- Le premier titulaire officiel français
Maurice Cottereau ouvre la liste officielle française des ceintures noires.
- Première forme du Collège des Ceintures Noires
Le règlement de la section judo-jiu-jitsu de la Fédération française de lutte institue un Collège chargé de la tradition et des grades.
- Création de la FFJJJ
La Fédération française de judo et de jiu-jitsu, ancêtre de l’actuelle France Judo, est créée le 5 décembre.
- Le Collège entre dans la nouvelle organisation fédérale
France Judo situe en 1947 la création du Collège des Ceintures Noires par Paul Bonét-Maury, après cette première forme instituée en 1942.
- Première Française ceinture noire
Le Sénat date de 1951 cette première de Mme Levannier. Un bulletin de France Judo indique 1950 : son statut de pionnière est établi, mais l’année exacte reste discutée.
- La Fédération reprend la main sur les passages
La FFJDA met fin au partage des responsabilités avec le Collège. L’examen devient un test de compétition et l’épreuve de kata est supprimée.
- La ceinture noire et les dan sont encadrés par arrêté
L’arrêté du 9 octobre organise officiellement l’acquisition de la ceinture noire et de ses différents degrés.
- Une gouvernance commune des grades est rétablie
En 1971, un Comité national des grades réunit à parité la FFJDA et le Collège. Leur réunification s’achève en 1974.
Sources : IJF — histoire du système de grades et IJF — titulaires du 10e dan. Pour les pionniers en France : France Judo — la méthode Kawaishi et France Judo — rapport « Le grade en judo », p. 20 à 22. Pour l’histoire fédérale et juridique : France Judo — histoire de la Fédération, France Judo — portrait de Paul Bonét-Maury, France Judo — bulletin sur les pionnières du judo féminin, p. 3, Sénat — chronologie des pionnières françaises, Légifrance — arrêté du 9 octobre 1962 sur la ceinture noire et les dan et Sénat — historique de la réglementation des grades et dan.
03 · Du noir au rouge
Jusqu’où peut-on aller au judo ?
Dans le système aujourd’hui reconnu en France, la progression va du 1er au 10e dan. La couleur de la ceinture regroupe ces grades en trois grandes périodes, mais elle ne suffit pas à raconter ce qui est évalué ou reconnu.
Ceinture noire
La même couleur est associée aux cinq premiers grades dan.
Ceinture rouge et blanche
Elle présente de larges bandes rouges et blanches alternées.
Ceinture rouge
Le 10e dan est le plus haut grade effectivement attribué.
Ces couleurs permettent de situer les groupes de grades. Elles ne décrivent pas, à elles seules, leurs critères d’attribution ni les procédures appliquées par chaque organisation compétente.
Références : IJF — couleurs associées aux grades dan et France Judo — réglementations et procédures.
Comprendre le fonctionnement actuel des kyu et des dan04 · Vérification historique
Le 12e dan de Jigoro Kano est un mythe.
Un récit souvent repris affirme que Kano aurait été 11e dan, puis qu’un 12e dan accompagné d’une large ceinture blanche lui aurait été remis après sa mort. Cette histoire est séduisante : elle ferait revenir le fondateur au blanc du débutant après avoir parcouru tout le chemin. Elle n’est pourtant pas étayée comme un fait historique.
Une image symbolique largement répétée, mais sans attribution historique reconnue.
Le Kodokan rappelle que le fondateur attribuait les dan à ses élèves et que personne n’était en position de lui en remettre un.
L’IJF classe explicitement cette attribution parmi les légendes et rapporte la position du Kodokan. Elle précise aussi que Kano avait envisagé un système sans limite théorique stricte. Cela n’établit toutefois l’existence ni d’un 11e ni d’un 12e dan : le 10e dan est le plus haut grade effectivement décerné.
Kano n’était ni 11e ni 12e dan. Le 12e dan et sa ceinture blanche relèvent du récit symbolique ; le 10e dan reste le sommet historiquement attribué.
Référence principale : IJF — « History / Judo Culture », passage consacré à la légende du 12e dan. L’article attribue directement l’explication à la position du Kodokan.
05 · Le cadre français actuel
À partir du 8e dan, la proposition vient des hauts gradés.
En France, les dan relèvent de la Commission Spécialisée des Dan et Grades Équivalents. Les modalités évoluent au fil du parcours : à partir du 6e dan, France Judo indique notamment la présentation de contributions devant un jury de hauts gradés.
Pour les 8e, 9e et 10e dan, seul le comité des hauts gradés propose une liste de personnes susceptibles d’être promues à la séance plénière de la CSDGE. À ce niveau, il ne s’agit plus de « passer une ceinture » au sens courant, mais de reconnaître une trajectoire exceptionnelle.
Références officielles : France Judo — les couleurs de ceinture et réglementations et procédures des grades.
